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Algérie : face au hirak, Tebboune tente de reprendre la main

Après une longue absence due à son hospitalisation en Allemagne, le président algérien Abdelmadjid Tebboune semble vouloir reprendre la main face à une situation politique, institutionnelle et économique tendue, à quelques jours du deuxième anniversaire du déclenchement des manifestations du 22 février qui ont fini par dynamiter l'ancien régime Bouteflika en avril 2019.

Publié il y a  61 Vues Actualisé il y a 10 jours
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Algérie : face au hirak, Tebboune tente de reprendre la main

Après une longue absence due à son hospitalisation en Allemagne, le président algérien Abdelmadjid Tebboune semble vouloir reprendre la main face à une situation politique, institutionnelle et économique tendue, à quelques jours du deuxième anniversaire du déclenchement des manifestations du 22 février qui ont fini par dynamiter l'ancien régime Bouteflika en avril 2019.

Trois décisions, caractérisées par l'urgence dans le mode de l'annonce et de la perspective, ont été actées, dans son discours du 18 février à l'occasion de la Journée nationale du martyr. Des décisions qui ont "fuitées" après les rencontres, la semaine dernière, entre le chef de l'État et des leaders de partis légalistes de l'opposition, à l'instar de l'historique FFS et de Jil Jadid (Nouvelles Générations) ou encore les islamistes du MSP.

D'abord, la libération des "détenus du hirak", par une grâce présidentielle concernant trente personnes dans un premier temps, qui s'étendra à une soixantaine d'autres "dont le jugement n'a pas été encore prononcé".

Les "détenus d'opinion", question centrale

Selon les statistiques du Comité national pour la libération des détenus, il reste dans les prisons 27 détenus avec des verdicts définitifs, 26 autres avec des verdicts prononcés en première instance et 15 en attente des procès en première instance.

Cette mesure répond à la nécessité pour les autorités d'assécher l'une des motivations phares de certains animateurs du hirak : la question des personnes arrêtées lors des manifestations ou à cause de leurs publications sur les réseaux sociaux a été centrale dans la mobilisation des catégories les plus attachées à la reprise des manifestations de rue, interrompues pour cause de pandémie du coronavirus depuis mars 2020.

L'affaire de l'étudiant militant Walid Nekiche qui accusa, avec ses avocats, lors de son procès début février, les enquêteurs de l'avoir torturé, a créé une onde de choc dans l'opinion et a reboosté la cause de ce que l'on qualifie ici de "détenus d'opinion".

Cette mesure d'apaisement servira-t-elle à faire baisser les tensions alors que les plus actifs (d'autres les qualifieront de "radicaux") du hirak tentent de renouer avec les manifestations de la rue à l'occasion du deuxième anniversaire du 22 février, surtout après le rassemblement de milliers de manifestants à Kherrata dans l'est du pays ?

"À son investiture, Tebboune a bel et bien libéré 76 détenus d'opinion du hirak le 2 janvier 2020, mais ça n'a pas empêché de remplir encore une fois les prisons pour se retrouver aujourd'hui une année après avec le même chiffre de détenus d'opinion du même hirak", rappelle dans un post Saïd Salhi, vice-président de la Ligue algérienne de défense des droits de l'homme. "Tant que les droits et libertés ne sont pas respectés, le champ politique et médiatique n'est pas ouvert, rien ne garantit de ne pas se retrouver juste après dans le même scénario", assène-t-il.

Les séquences d'ouverture puis de durcissement face aux "hirakistes" se sont effectivement succédées depuis le début de la mandature d'Abdelmadjid Tebboune qui évoque, lui, un "hirak authentique béni" (comprendre : celui qui a obtenu la démission d'Abdelaziz Bouteflika). Une manière de dire que, pour le système, les manifestations et l'activisme postdémission de Bouteflika seraient "nihilistes" et obéiraient à des "agendas nocifs" ciblant l'État et non plus le régime, pour reprendre les mantras des officiels algériens.

Sans Parlement, Tebboune cavalier seul

La seconde décision, attendue depuis des mois, est l'annonce de législatives anticipées – probablement vers le mois de juin – et la dissolution du Parlement hérité de l'ancien système Bouteflika. Un Parlement contrôlé par la majorité FLN-RND dont les ex-dirigeants sont en prison pour des affaires corruption ; un Parlement accusé de corruption généralisée après le scandale d'achat de sièges qui a éclaté dans le sillage des derniers procès des figures de l'ancien régime. "Un Parlement décrié, oui, mais qui a quand même eu l'illustre charge de voter [en septembre 2020] la révision constitutionnelle", souligne un analyste algérois de la scène politique, en référence aux amendements de la loi fondamentale voulus par le président Tebboune.

Cette dissolution place le chef de l'État devant deux faits majeurs. D'abord, en l'absence du pouvoir législatif, il pourrait gouverner au moins pour trois mois, directement par décret présidentiel, ce qui, dans l'urgence des situations économiques et politiques, peut arranger son agenda.

Mais cela se double d'un vrai défi : comment aller à des législatives en l'absence d'une majorité présidentielle puisque le président a clairement coupé les ponts avec son propre parti, le FLN, allant jusqu'à l'exclure, lui et son jumeau RND des derniers rounds de dialogue avec la classe politique ?

En haut lieu, on affirme que le "président compte sur le renouvellement de la classe politique et de la représentation nationale et locale grâce au forcing de la société civile et de la jeunesse, à travers des blocs de députés indépendants, jeunes et débarrassés des soupçons de corruption des anciens apparatchiks de l'ère Bouteflika".

Mais cela reste un pari risqué : la nouvelle Constitution prévoit désormais la possibilité d'un chef de gouvernement issu d'une majorité parlementaire de l'opposition qui devrait appliquer son propre programme de gouvernement.

À la recherche d'un gouvernement d'urgence

Justement, on en vient à la troisième annonce présidentielle concernant un remaniement gouvernemental. Cette annonce détonne par son énonciation.

Jamais dans l'histoire de la jeune république algérienne il ne fut question de l'annonce, 48 heures à l'avance, d'un changement de ou dans l'exécutif. Pourquoi cette anticipation ? Deux raisons sont avancées par des observateurs. Il s'agirait d'avancer plus vite sur les garanties de "changements" en haut pour calmer les ardeurs des "hirakistes" décidés à marquer le second anniversaire des manifestations du 22 février, quitte à faire une annonce avant de préciser le projet dans les jours qui viennent. La seconde raison serait liée aux difficiles tractations autour d'une nouvelle équipe et de l'ampleur du remaniement.

Il est admis à Alger que le prochain gouvernement sera recentré principalement sur l'économie au regard de la situation complexe que vit le pays, une équipe "commando" qui, en plus, ne tiendra pas au-delà des législatives prévues début l'été prochain. Mais le casting a du mal à se finaliser dans un climat où la ressource humaine manque et est frappée, à certains degrés, par les soupçons de "rouler" pour l'ancien régime ou les intérêts des "oligarques".

Et surtout se pose la question autour du maintien ou non d'un Premier ministre, Abdelaziz Djerad, qui aurait été "trop effacé et peu ''lourd'' devant certains de ses propres ministres", selon une source haut placée.

Des tractations pour "ouvrir" le poste de Premier ministre à une personnalité de l'opposition légaliste sont également en cours, mais risquent de tourner court vu l'extrême tension que subirait n'importe quel candidat de la société civile ou de l'opposition s'il "trahit" la cause du hirak, pour reprendre les termes des plus "radicaux" des activistes.

Par Adlène Meddi à Alger
Source : Le Point Afrique


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